Who says that the love of reading doesn’t pay off? Parfois, cependant, la récompense peut se traduire par des années de prison.
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Six citoyens géorgiens ont comparu mardi devant un tribunal de Paris pour avoir volé des éditions rares de classiques de la littérature russe dans de prestigieuses bibliothèques françaises, notamment des œuvres d’Alexandre Pouchkine, dont le nom en Russie est souvent accompagné (bien qu’avec une touche d’ironie) de la phrase “Pouchkine est tout pour nous”, une mesure de son importance pour la culture russe.
Les prévenus, jugés en France, sont poursuivis pour association de malfaiteurs et tentative de vol. Certains d’entre eux font également face à des accusations de vol d’œuvres culturelles exposées.
Sur les six autres, deux sont jugés par contumace et ont fait l’objet de mandats d’arrêt.
Deux autres personnes, identifiées uniquement sous les noms de Mikheil Z. et Beqa T., ont déjà été reconnues coupables et emprisonnées dans d’autres pays pour des crimes similaires et ont été provisoirement remises aux autorités françaises.
Mikheil Z., 50 ans, a été condamné l’année dernière en Lituanie à trois ans et quatre mois de prison pour vol organisé de publications du XIXe siècle, d’une valeur de 606 000 euros (698 000 dollars).
Beqa T., 49 ans, a été condamnée à trois ans et six mois de prison en Estonie.
Parmi les accusés présents au tribunal se trouvaient également un autre homme en détention et une femme qui n’était pas en détention.
Ces vols, qui ont également touché l’Allemagne, la Suisse et la République tchèque, ont conduit à la création d’une équipe commune d’enquête sous l’égide d’Europol et d’Eurojust, les agences de coordination policière et judiciaire de l’Union européenne. L’équipe a déjà provoqué plusieurs arrestations en 2024.
Au total, une douzaine de pays européens ont vu des manuscrits disparaître de leurs bibliothèques. Des chercheurs européens estiment que près de 170 œuvres russes rares auraient été volées dans plusieurs pays.
Les vols commis en France ont eu lieu en 2023 à la bibliothèque Diderot de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Lyon, ainsi qu’à la Bibliothèque Nationale de France (BnF) et à la Bibliothèque Universitaire des Langues et Civilisations (BULAC) à Paris.
Entre mars et octobre 2023, Mikheil Z. s’est rendu à quarante reprises à la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour demander accès à des manuscrits, principalement de Pouchkine, affirmant mener des recherches sur la démocratie dans la littérature russe du XIXe siècle.
En novembre, la bibliothèque découvre que neuf ouvrages ont été remplacés par des copies, pour une perte estimée à 650 000 euros : huit d’Alexandre Pouchkine (1799-1837) et un de Mikhaïl Lermontov (1814-1841), figures marquantes du romantisme russe qui, par hasard, sont tous deux morts en duel.
Autre particularité littéraire, Lermontov est l’auteur de « La Mort du poète », consacré à la mort de Pouchkine, assassiné par Georges Charles de Heeckeren d’Anthès, soldat et homme politique français devenu sénateur sous le Second Empire.
Tout cela est sans doute passé inaperçu auprès des auteurs : Mikheil Z. a admis devant les enquêteurs qu’il avait volé les ouvrages, mais a nié toute complicité avec les autres prévenus, affirmant qu’il avait agi par cupidité et avait vendu les livres en Russie à un certain « Maxime ».
En juin 2024, la maison de ventes russe Litfond a inclus dans son catalogue une deuxième édition du « Prisonnier du Caucase » de Pouchkine, un exemplaire qui correspond à celui volé à la BnF.
La maison de vente aux enchères a déclaré aux autorités françaises qu’elle disposait de documents montrant que le livre avait été acquis auprès de son propriétaire en Russie en 2014 ou 2015.
Selon les juges d’instruction, ces vols pourraient être liés à la volonté de rapatrier le patrimoine culturel russe, à l’heure où les relations entre Moscou et l’Europe sont de plus en plus tendues suite à l’invasion russe de l’Ukraine.
Aucune des œuvres volées n’a été retrouvée, mais l’avocat de la Bibliothèque nationale de France, Alexandre de Konn, a déclaré que l’institution “n’a pas perdu l’espoir de les récupérer”.
