Trois accords dans trois régions clés : Mercosur, Inde et Australie.
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Alors que la Commission a salué l’accord avec l’Australie comme une nouvelle victoire géostratégique, les agriculteurs de l’UE continuent d’exprimer profond mécontentement découlant de l’accord du Mercosur.
Dans la pratique, les réactions suscitées par l’accord avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay n’ont guère modifié la double approche de la Commission dans sa ligne de négociation. D’un côté, la commission a continué à faire des concessions sur les produits agricoles de base ou de milieu de gamme, comme le bœuf, tandis que, de l’autre, elle a fait pression pour l’accès au marché pour les exportations à haute valeur ajoutée – comme le vin, les indications géographiques (IG) et les automobiles – avec des résultats mitigés.
“L’UE a tous les atouts pour devenir une puissance agroalimentaire”, a déclaré à Euronews Luc Vernet, du groupe de réflexion bruxellois spécialisé dans l’exportation Farm Europe, ajoutant : “Nous devrions développer une stratégie plus large au-delà des produits à haute valeur ajoutée, couvrant tous les secteurs et tous les niveaux de qualité, car le modèle européen offre une qualité exceptionnelle non seulement dans les produits de luxe.”
Cependant, l’opposition à l’accord latino-américain (qui a déclenché une contestation judiciaire suspendre sa ratification, cristallisée parmi les agriculteurs de l’UE par crainte d’une concurrence déloyale des importations de viande.
L’accord du Mercosur accordait des quotas de 99 000 tonnes de bœuf par an, 25 000 tonnes de porc et 188 000 tonnes de volaille. Malgré les conditions ajoutées aux nouveaux quotas dans l’accord australien, les agriculteurs européens se plaignent de l’accumulation des importations dans les accords successifs.
Des concessions faites sur la viande bovine
Au cours des huit années de négociations avec Canberra, le deuxième exportateur mondial de viande bovine, l’Australie a fait pression pour un meilleur accès à la viande bovine et ovine. Les tensions se sont intensifiées en 2023, lorsque les négociations ont échoué après que l’UE a rejeté la demande australienne de 40 000 tonnes de bœuf par an, n’offrant à la place que 30 000 tonnes.
L’accord final convenu mardi autorise l’entrée de 30 600 tonnes de viande bovine par an dans l’UE. Pour la viande ovine et caprine, Bruxelles a accepté un quota en franchise de droits de 25.000 tonnes, tandis que le sucre a été limité à 35.000 tonnes de canne brute pour le raffinage et le riz à 8.500 tonnes par an.
Cependant, profitant peut-être des leçons du Mercosur, Bruxelles a imposé de multiples conditions aux quotas. Les importations de viande de bœuf, qui devront provenir de bovins nourris à l’herbe, se feront progressivement sur 10 ans, de mouton sur 7 ans et de riz sur 5 ans. Le sucre sera également soumis à une certification dans le cadre d’un programme privé de durabilité.
Les clauses de sauvegarde, qui permettent aux deux parties de réagir aux perturbations du marché, s’appliqueront pendant sept ans, mais seront prolongées pour les produits agricoles sensibles : 15 ans pour la viande bovine, 12 ans pour les moutons et 10 ans pour le riz.
Mais un représentant des agriculteurs a déclaré à Euronews qu’il existait de sérieux doutes quant à l’efficacité des mécanismes de sauvegarde : “Notre expérience générale en matière de sauvegardes est qu’elles sont extrêmement difficiles à activer car la charge de la preuve incombe à nous, les agriculteurs.”
Le programme offensif de la Commission
En revanche, l’agriculture a été beaucoup moins controversée dans les négociations avec l’Inde, où New Delhi elle-même a résisté à l’ouverture de son marché en raison de sensibilités agricoles nationales, en particulier dans le secteur laitier. Les produits sensibles de l’UE ont été largement exclus.
Mais le vin figurait en bonne place sur l’agenda offensif de Bruxelles, avec des droits de douane indiens réduits de 150 % à 20 % pour les vins haut de gamme et à 30 % pour les produits de milieu de gamme sur sept ans. Les droits de douane sur les voitures baisseront également de 110 % à 10 %, mais dans la limite d’un quota de 250 000 véhicules par an après une décennie, date à laquelle les constructeurs chinois auront probablement renforcé leur position.
Lors des négociations avec l’Australie, l’UE a de nouveau cherché à obtenir un meilleur accès pour son vin, mais s’est heurtée à une forte opposition de la part des producteurs nationaux. Au final, l’accord protège plus de 1 600 IG vitivinicoles de l’UE, ainsi que plus de 50 nouvelles IG provenant de 12 États membres.
Dans le cas du Prosecco, les producteurs australiens pourront toujours utiliser le terme au niveau national pour désigner un cépage gris, à condition qu’il soit lié à une IG australienne, et Canberra acceptera de cesser d’exporter de tels vins au bout de 10 ans.
L’UE a également obtenu une protection pour 165 IG de produits agroalimentaires et 231 IG de spiritueux. Mais il n’a pas réussi à supprimer la taxe australienne sur les voitures de luxe, garantissant plutôt un traitement préférentiel aux véhicules électriques de l’UE. Mais Bruxelles a obtenu un meilleur accès aux matières premières essentielles, une exigence clé de l’UE, ce qui aurait pu conduire à davantage de concessions sur la viande.
