Publié le •Mis à jour
La chef de l’UE, Ursula von der Leyen, a salué samedi le choix du “commerce équitable plutôt que des droits de douane”, alors que le bloc européen a signé un accord commercial majeur avec les pays d’Amérique du Sud du Mercosur, en préparation depuis 25 ans.
“Nous choisissons le commerce équitable plutôt que les tarifs douaniers, nous choisissons un partenariat productif à long terme plutôt que l’isolement”, a déclaré von der Leyen lors de la cérémonie à Asunción, au Paraguay.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a déclaré que l’accord envoie “un message de défense du libre-échange, fondé sur les règles, le multilatéralisme et le droit international comme base des relations entre pays et régions”.
Selon lui, cela contraste avec « l’utilisation du commerce comme arme géopolitique ».
Négocié sur 25 ans, l’accord du Mercosur créerait une zone de libre-échange d’environ 700 millions de personnes, éliminant progressivement environ 90 % des droits de douane dans les secteurs industriel, des services et agricole. La Commission européenne estime que les entreprises de l’UE économiseraient plus de 4 milliards d’euros par an en droits de douane. Les pays du Mercosur se sont également engagés à ouvrir leurs marchés publics aux entreprises européennes dans les mêmes conditions que leurs concurrents nationaux.
L’accord prévoit la reconnaissance de 344 « indications géographiques », qui protègent les produits européens de toute imitation, et vise également à sécuriser l’approvisionnement en minéraux essentiels, réduisant ainsi la dépendance de l’UE vis-à-vis de la Chine.
L’accord a cristallisé les divisions au sein du bloc.
Les partisans, menés par l’Allemagne et l’Espagne, soutiennent que l’UE a besoin de nouvelles relations commerciales alors que les États-Unis ferment leur marché et que la Chine poursuit une politique commerciale de plus en plus agressive. Les opposants, la France en tête, affirment que l’accord menace les agriculteurs européens en les exposant à la concurrence déloyale des importations latino-américaines.
La balle est dans le camp du Parlement européen
Paris n’a finalement pas réussi à rassembler une minorité de blocage d’arrêter la signature, perdant au dernier moment le soutien décisif de l’Italie. Rome a soutenu l’accord après avoir obtenu un financement pour ses agriculteurs à partir de 2028 et une exonération de la taxe carbone aux frontières de l’UE sur les engrais.
Malgré son opposition à l’accord, la France a obtenu une clause de sauvegarde qui permet de réintroduire les droits de douane si les importations du Mercosur augmentent de plus de 5 % dans les secteurs sensibles.
L’accord limite également l’accès en franchise de droits pour les principaux produits agricoles. Les importations annuelles de bœuf seront limitées à 99 000 tonnes avec un droit de douane réduit de 7,5 %, soit l’équivalent de 1,5 % de la production de l’UE. Les importations de volailles seront limitées à 180 000 tonnes par an, soit 1,3 % de la production de l’UE.
Selon les estimations de la Commission, les exportations de l’UE vers les pays du Mercosur devraient augmenter de 39 % (48,7 milliards d’euros) d’ici 2040, tandis que les importations en provenance d’Amérique latine augmenteraient de 16,9 % (8,9 milliards d’euros).
Cependant, comme l’a écrit le président français Emmanuel Macron dans X la semaine dernière, « la signature de l’accord ne marque pas la fin de l’histoire ».
L’accord désormais signé, la balle est dans le camp du Parlement européen. La ratification nécessite le consentement des législateurs, et les députés restent largement divisés selon des clivages nationaux, même si leurs partisans espèrent que le soutien des gouvernements européens influencera leurs collègues indécis.
Les opposants devraient tester ce soutien la semaine prochaine, lorsque les législateurs voteront sur une résolution appelant à ce que l’accord soit contesté devant la plus haute juridiction de l’UE.
