La nouvelle série de sanctions de l’Union européenne contre la Russie est toujours en suspens après que les ambassadeurs ne soient pas parvenus à un accord lors d’une réunion vendredi.
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Le temps presse : le bloc a fixé au 24 février, qui coïncide avec le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la date limite pour son approbation.
Selon des diplomates familiers du processus, le principal point de discorde est une interdiction totale des services maritimes pour les pétroliers russes, qui, si elle est adoptée, mettrait fin au plafonnement des prix établi par le Groupe des Sept (G7) fin 2022.
Bruxelles a conclu que le plafond, actuellement fixé à 44,10 dollars le baril, ne répond plus aux attentes, et qu’une pression supplémentaire est nécessaire de toute urgence pour paralyser les revenus énergétiques du Kremlin, essentiels au financement de la machine de guerre.
Selon l’interdiction proposée, il serait interdit aux entreprises européennes de fournir tout type de services, tels que l’assurance, les services bancaires, le transport maritime ou la restauration, aux navires transportant du pétrole brut russe. L’objectif est d’augmenter les coûts de transport et d’affaiblir les profits.
La Grèce et Malte, deux pays dotés de puissantes industries maritimes, craignent que l’introduction d’une interdiction totale nuirait à leurs économies nationales, alimenterait la concurrence de l’Inde et de la Chine et renforcerait la « flotte fantôme » russe, les navires branlants que Moscou utilise pour échapper aux restrictions occidentales.
Leur opposition n’est pas considérée comme intransigeante et pourrait être atténuée si d’autres alliés du G7 se joignaient à eux et mettaient en œuvre une interdiction équivalente au sein de leurs juridictions.
Toutefois, jusqu’à présent, les alliés du G7 sont restés silencieux sur la possibilité de faire de même. La dernière fois que Bruxelles a modifié le plafond des prix, Washington a choisi de ne pas le faire.
La Commission européenne a déjà indiqué que l’idéal serait un accord au niveau du G7 mais pas indispensable pour que le bloc avance.
“Ce n’est pas une condition préalable absolue. Mais plus nous parviendrons à un alignement important, même au niveau du G7, mieux ce sera”, a déclaré cette semaine le commissaire à l’Economie Valdis Dombrovskis.
“Nous n’hésiterons pas à prendre des mesures au niveau européen si un accord plus large n’est pas conclu”, a-t-il ajouté.
Les diplomates ont fait écho à cette détermination d’aller de l’avant, arguant que l’UE, en raison de sa position géographique, a un avantage pour influencer le commerce pétrolier maritime russe.
“Nous sommes prêts à commencer à le faire sans les Etats-Unis”, a déclaré un haut diplomate.
“L’écrasante majorité (des États membres) est favorable à l’interdiction parce que nous en voyons tous la nécessité. Nous n’en sommes pas encore là, mais j’espère qu’à la fin nous y parviendrons d’une manière ou d’une autre.”
Date limite pressante
Les négociations sur le 20e paquet portent également sur l’éventuelle activation de l’outil anti-contournement, outil utilisé depuis son introduction à l’été 2023.
La Commission a proposé d’activer cet outil pour réduire les ventes de radios et d’ordinateurs numériques fabriqués dans l’UE vers des pays “où il existe un risque élevé de réexportation de ces produits vers la Russie”.
Cela a mis le Kirghizistan sous les projecteurs. Ce pays montagneux de 7 millions d’habitants est soupçonné depuis longtemps de servir de canal détourné pour aider Moscou à obtenir des articles sur liste noire qu’il ne pourrait pas obtenir autrement.
Le commerce entre l’UE et le Kirghizistan a atteint des niveaux étonnants depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. En 2021, l’UE a exporté 263 millions d’euros de marchandises vers le Kirghizistan. En 2024, les exportations de biens se sont élevées à 2,5 milliards d’euros.
Par ailleurs, la Hongrie et la Slovaquie ont exprimé des réserves générales quant à l’ensemble du paquet de sanctions, une position qu’elles avaient adoptée lors de négociations précédentes.
On ne sait pas encore quand les ambassadeurs se réuniront à nouveau pour tenter de surmonter les divergences en suspens. Les ministres des Affaires étrangères se réuniront lundi à Bruxelles et la guerre d’agression russe sera le premier point à l’ordre du jour.
Pour de nombreuses capitales, l’absence de progrès dans les négociations trilatérales négociées par les États-Unis justifie une pression croissante pour forcer le Kremlin à faire des concessions.
“Lundi prochain, nous avons l’intention d’adopter le 20e paquet de sanctions contre la Russie”, a déclaré vendredi la haute représentante Kaja Kallas.
“Les sanctions fonctionnent. Elles portent gravement atteinte à l’économie russe et chaque nouvelle mesure limite encore davantage sa capacité à mener une guerre. Moscou n’est pas invincible. Son armée subit des pertes sans précédent et son économie est soumise à une forte pression. Mais Poutine ne mettra fin à cette guerre que lorsque les coûts dépasseront les avantages. Et c’est là que nous devons arriver.”
